Lettre d’une Citoyenne Libanaise au Président de la République Française, Emmanuel Macron

Lettre d’une Citoyenne Libanaise (qui ne déserte pas)
au Président de la République Française, Emmanuel Macron

Beyrouth le 15 décembre 2017

Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps…. (je dirais avant qu’il soit trop tard)
“Le Déserteur” de Boris Vian.

A l’occasion du récent « One Planet Summit », vous lanciez un cri d’alarme face à la situation climatique désastreuse de la planète. Nous vous sommes tous reconnaissants d’attirer l’attention internationale sur ce danger imminent que constitue le réchauffement climatique. Ce cri salutaire résonne particulièrement à nos oreilles, ici, dans notre pays le Liban, gravement touché par la crise des déchets et par la pollution de l’air, des sols et des eaux, depuis les rivières jusqu’à la mer. Nous sommes, entre autres nations, bien sensibles à la justesse, dans le ton et le timing, de votre intervention.

Grâce à votre conscience vive de cette réalité chaude et à votre enthousiasme contagieux, je prends la liberté de m’adresser à vous en vous demandant de donner quelques minutes de votre précieux temps à la lecture de cette pressante lettre.

Aujourd’hui au Liban, ce pays dont la destinée vous préoccupe tant et que vous cherchez à protéger à tout prix au nom d’une amitié franco-libanaise séculaire, une menace imminente nous guette : une nouvelle décision ministérielle préconise l’incinération comme solution privilégiée à la crise des déchets, sans tout autre forme de procès, avec une reconnaissance nulle de ses méfaits, et plus que tout, sans aucune distinction entre les différentes catégories nécessitant ce procédé particulier.

Toute personne, soucieuse de l’environnement, reconnaît là une solution de facilité et sait que l’incinération, appliquée de façon prioritaire et massive, représente un danger écologique :
1- par la pollution de l’air qu’elle accroît, due aux dégagements de fumées cancérigènes.
2- par les cendres toxiques qu’elle génère qui empoisonnent les sols et les cours d’eaux.
3- par la destruction des ressources économiquement vitales que représentent les matériaux recyclables ou compostables.
4- par une drastique limitation à la création d’emplois nécessaires au traitement écologique des déchets.
5- par l’atteinte qu’elle porte à l’engagement citoyen salutaire dans le tri à la source, engagement déclenché par la crise des déchets face à l’absence de solution rationnelle de la part de l’état.

Je porte votre précieuse attention sur les conséquences dramatiques de cette décision ministérielle : Parallèlement aux dangers environnementaux déjà cités et au point final que cette mesure met aux initiatives privées et municipales ainsi qu’à la réduction des créations d’emplois, elle donne un coup de frein mortel à cette merveilleuse prise de conscience qui a enfin vu le jour au sein d’un peuple traumatisé par des décennies de guerres, d’occupation militaire syrienne et de faiblesse de gouvernance, mais conscient, finalement, des enjeux sanitaires de cette gestion.

Nous ici, sommes convaincus de la nécessité d’une intervention urgente, avant que cette décision ne soit appliquée.

J’ai appris que, dans votre politique de soutien au Liban, vous comptiez bientôt nous rendre visite. “Ahlan wa Sahlan”, comme vous savez si bien le dire, de tout cœur ! Le “SOS” que vous avez lancé à travers le monde, lancez-le de nouveau chez nous, en vous assurant qu’il ne tombe pas dans l’oreille de sourds (malheureusement, n’est pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre : cette décision a été prise envers et contre toutes les recommandations proposées par les acteurs et experts environnementaux). Faites, nous vous en prions, que le support que vous voulez apporter à notre peuple – qu’il soit matériel, technique, ou moral – ne finisse pas dans le gouffre de l’ignorance ou, encore plus grave, de la corruption, faute d’exigences de lignes directives strictes de gestion, de suivis et de contrôles. Aidez-nous, s’il vous plaît, à atteindre l’apothéose finale qui serait de parvenir à une politique de gouvernance générale du pays, saine, scientifique, et, contre vents et marées, transparente, dont notre peuple rêve désespérément.

Je vous remercie, Monsieur le Président de la République, d’avoir pris la peine de me lire et je vous prie d’agréer l’expression de ma très haute considération.

Diana Fadel
Fondatrice et Présidente

Telecharger la version PDF

Contact Us

We'd love to hear from you. Send us an email and we'll get back to you, asap.

Not readable? Change text. captcha txt

Start typing and press Enter to search